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Fédération des Landes du Parti Radical de Gauche

« Faites le président » !

6 Avril 2008 , Rédigé par Jean-Philippe Guerini Publié dans #prglandes.org




« Faites le président » ! Dès la mi-mars, près de six Français sur 10 (58 %, sondage CSA) le demandaient déjà en substance à Nicolas Sarkozy.

Dix mois après son élection, ils le conviaient notamment à adopter… « un style plus présidentiel ». Un sentiment d'avant municipales, conforté depuis par la déroute électorale de l'UMP, souvent mise sur le compte du déficit de présidence par des candidats locaux dépités.

Laminé dans les sondages, avec une cote de popularité en chute libre, le président de la République s'efforce aujourd'hui de « représidentialiser son image » fortement brouillée par les promesses non tenues, notamment sur le pouvoir d'achat, une activité vibrionnante souvent illisible, un comportement personnel jugé désinvolte. D'où l'opération de remise à flot présidentielle entreprise par l'Élysée, au niveau personnel bien sûr mais également avec le retour aux « fondamentaux » de la fonction.

Les sondages montrent un frémissement. Pour la première fois depuis janvier, la cote de confiance de Nicolas Sarkozy remonte avec 40 % d'opinions positives pour LH2 et BVA (+ 3 et + 4). Mais dans les deux cas, le chemin reste long (54 % et 55 % d'opinions négatives). D'autant qu'un sondage CSA montre aussi un Sarkozy à la baisse. Compliqué car, en réinvestissant la fonction présidentielle, Nicolas Sarkozy prend des risques en politique étrangère et intérieure.

Terrain miné en Afghanistan quand il confirme l'envoi, très critiqué, d'un « bataillon supplémentaire » de soldats français, sans vote au Parlement. Ou quand il souligne au sommet de l'Otan, hier à Bucarest, un retour de la France dès 2009 au sein de l'Alliance atlantique. Un virage stratégique majeur.

Enfin, le Président entend montrer qu'il reprend la main sur le terrain économique. Il doit annoncer aujourd'hui 140 mesures pour réduire les dépenses publiques… de 5 à 10 milliards par an. « Une crise d'austérité », juge déjà la CGT qui, comme les autres syndicats et la gauche, craint des coupes claires dans les services publics. La reprise en main risque de traverser de fortes zones de turbulences.
Il sera à Cahors mardi

Nicolas Sarkozy sera à Cahors (Lot) mardi 8 avril pour évoquer la réforme des services de l'Etat, l'un des grands chantiers annoncés du quinquennat. le Lot est un département pilote pour tester le rapprochement des services de l'Etat, mutualisation des ressources humaines et des moyens logistiques. Ceux qui craignent le recul des services publics ont prévu une manif.
L'épine Fillon

Comme souvent en politique, le couple Sarkozy-Fillon n'est qu'un mariage de raison, tant tout oppose les deux hommes. Sarkozy le bling-bling et Fillon l'austère, ont peu d'atomes crochus. Tout simplement ont ils compris qu'ils pouvaient être complémentaires. Mais la méfiance demeure. Le Premier ministre sait qu'il serait maladroit d'affronter le Président. « Dans les réunions auxquelles les deux hommes participent, Fillon se tait le plus souvent », observe un responsable de l'UMP.

Sarkozy est d'autant plus irrité par la popularité de Fillon qu'il a l'impression de faire tout le boulot. « Lors du prochain remaniement le Président se débarrassera de Fillon », prédit un conseiller de l'Élysée. D'ici là le chef du gouvernement espère qu'il aura capitalisé suffisamment de crédibilité en jouant du contraste avec Sarkozy pour se forger une stature présidentielle. En guise de recours pour la droite. Au cas où…
Remue-ménage à l'élysée

Municipales tragiques à l'Élysée : un mort, David Martinon, prié de faire ses bagages, et un éclopé Georges-Marc Benamou, conseiller culturel en disgrâce. Le premier, ex- porte-parole du Président a rejoint son corps d'origine, la diplomatie. Parachuté à Neuilly par Sarkozy, il s'est écrasé au sol lors de sa première expérience électorale. Il faisait partie des protégés de Cécilia, il n'aura guère survécu longtemps à son départ. Georges-Marc Benamou était passé de Mitterrand à Sarkozy sans vergogne. A l'Élysée, il n'avait pas tardé à entrer en conflit avec Christine Albanel, la ministre de la Culture. Dans l'audiovisuel, il était détesté par Patrick de Carolis, le patron de France Télévisions. Par son arrivisme et son arrogance, l'homme s'est toujours fait des ennemis. Sa nomination à la villa Médicis, un poste doré à Rome, a suscité un tollé dans les milieux intellectuels. Sarkozy a reculé. Benamou a ressenti le lâchage du Président comme un affront. Il devrait retourner à ses livres et à l'adaptation cinématographique d'un de ses ouvrages.

Claude Guéant reste la tour de contrôle du « Château ». C'est toujours par lui que passent les instructions en direction des ministères. Sarkozy lui a renouvelé sa confiance. Mais il reste toujours prudent envers le Président. « Même Guéant a du mal à dire à Sarkozy quelques vérités le concernant », observe un conseiller du chef de l'État.

Dans le réaménagement du cabinet qui a suivi les municipales, Catherine Pégard a pris du galon, dirigeant un pôle politique chargé d'améliorer les relations avec les élus. Une manière de marquer à la culotte Fillon qui est très populaire parmi les parlementaires. Enfin, la réorganisation de l'UMP permet à Frédéric Lefebvre, l'ancien conseiller parlementaire de Sarkozy écarté par Cécilia, de revenir en grâce en étant nommé porte-parole du parti. La vie dans le Sarkoland n'est pas un long fleuve tranquille…
Bye bye bling-bling

L'hommage aux maquisards du plateau des Glières, le 18 mars, Nicolas Sarkozy est seul dans la neige. Un instant solennel, une autre image (officielle) du Président, loin du Fouquet's et du yacht du milliardaire Bolloré, choisis pour fêter son élection. Autant de manifestations symboliques de l'ouverture de l'ère « bling-bling » (clinquant, voyant, éphémère) aux dommages considérables sur l'image d'un Sarkozy accusé de déshabiter la fonction présidentielle. Alors, exit (officiellement, car 67 % des Français restent sceptiques) le côté nouveau riche ou enfant gâté qui a braqué l'opinion : aujourd'hui, pas de compagnonnage affiché avec l'argent facile, fini le port ostentatoire des Rolex et des Ray- ban, et si Sarkozy jogge encore, ce n'est plus forcément avec une escorte de photographes. Ses proches tiennent surtout à le préserver contre lui-même et par-dessus tout, de la vulgarité des propos publics (le trop fameux « casse-toi pauvre con »), sévèrement jugée par l'opinion. Ainsi, la visite au Royaume-Uni, redoutée par l'entourage, s'est déroulée sans faute avec un Sarkozy en frac et queue-de-pie (et sans portable) à la table de la reine. Il est vrai que le Président bénéficie d'un véritable recadrage de Carla Bruni, un temps placée dans la case « bling bling », mais grâce à qui il rebondit aujourd'hui. Les gazettes bruissent de son influence positive et louent son parcours sobre en première dame. À Nicolas souvent agité, elle dit simplement : « Laisse dix secondes à tes interlocuteurs ! ». Hors champ des caméras (même aux Glières…), le naturel continue de galoper. Mais, en public, Nicolas écoute Carla et « fait le Président ».

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