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Fédération des Landes du Parti Radical de Gauche

OGM ; Une lettre aux députés des professeurs Vivier et Leclercq.

16 Mai 2008 , Rédigé par Jean-Philippe Guerini Publié dans #prglandes.org





Madame, Monsieur le député,

L'affaire semble entendu, vous avez choisi le camp des pollueurs, vous allez voter la loi OGM Nous vous présentons le point de vue de deux scientifiques qui essaient d’analyser la problématique des PGM. De nos réflexions ressort une idée forte : Les OGM en général et les PGM en particulier peuvent s’avérer des technologies d’avenir qu’il ne faudrait pas gâcher par une trop grande précipitation. Nous ne sommes pas aveugles au progrès mais contre le progrès aveugle. C’est la fortune des riches qui tue les enfants des pauvres.

Pas de précipitation, les données mises en avant pour justifier une utilisation immédiate sont basées sur des allégations mensongères de Monsanto. Nos contacts avec des scientifiques de renom montrent que des recherches menées dans les règles de l’art sont encore nécessaires. Il ne s’agit pour personne de renier ses idées mais de les confronter à la réalité des connaissances scientifiques et d’arriver à un consensus intelligent. Nous avons rencontré ou écouté : Le Professeur Prochiantz, généticien, professeur au collège de France : rien ne prouve que les techniques OGM correspondent aux mécanismes de l’évolution » Le Professeur Daniel Thomas, génie cellulaire : « au début de mes travaux de recherche, les connaissances sur le fonctionnement des cellules étaient telles que si quelqu’un avait présenté une théorie sur le rétro virus il n’aurait pas été écouté »

Le Professeur Pierre Joliot, membre de l’institut, ancien Président du Comité d’éthique pour les sciences du CNRS, il s’intéresse aux cellules souches, autre technologie d’avenir selon lui, à condition que cette technique, qui peut soigner mais aussi donner lieu à des débordements (modification du corps ou du cerveau), ne soit pas associée au profit. Le Professeur Roland ROSSET, président de la Commission du génie génétique « Vous savez très bien que les effets de certains médicaments ne se sont révélés que sur la génération suivante» Deux des principaux points mis en avant, le problème de la faim dans le monde et le progrès ne sont pas justifiés. Pour terminer cette courte introduction, pourquoi faudrait-il utiliser la loi pour imposer la culture des PGM, faut-il que leurs thuriféraires soient si peu surs de leurs arguments.

Souvenons nous du purin d’ortie ou de VNF Nord empêché d’appliquer des directives européennes. Tous les détails se trouvent dans le texte joint. Votre vote aura des répercutions pour l’avenir de l’espèce humaine, la technologie que vous voulez nous imposer aura des effets irréversibles au moins sur la biodiversité : si des effets néfastes se manifestent, peut être pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, tout retour en arrière sera impossible. Etes vous prêt à en assumer le risque, la responsabilité devant les générations à venir ?

Professeur Emile Vivier, agrégé de sciences naturelles, professeur honoraire de biologie animale, ancien chercheur au CNRS et à l’Institut Pasteur. Alfred Leclercq agrégé de Sciences Physiques, professeur de Chaires Supérieures en CPGE Nous avons essayé d’apporter l’éclairage de deux scientifiques à un problème de société qui dépasse les clivages politiques habituels. Le choix d’une voie d’avenir appartient à tous, il ne doit pas être le fait d’une partie des scientifiques ou d’experts dans un domaine très pointu et en constante évolution. La vie est un risque permanent où les choix doivent se faire en faisant la balance entre les inconvénients et les avantages. Ce texte se base sur des éléments mettant en perspective les divers aspects de la problématique OGM.

Nous espérons que vous voudrez bien le lire et nous communiquer les réflexions qu’il vous inspire. L’instauration d’un vrai débat, d’un vrai dialogue qui ne soit pas la simple juxtaposition de monologues, par exemple à l’échelle régionale, permettrait une clarification des enjeux et des positions de chacun. Nous espérons vous convaincre, non pas de rejeter pour l’avenir toute utilisation de cette technologie, mais de comprendre que les connaissances et les enjeux ne sont pas assez confirmés pour prendre aujourd’hui une décision hâtive.

Ceux qui revendiquent le pragmatisme n’ont aucune chance de changer le monde, seuls ceux qui regardent au-delà de l’horizon sont réalistes, sans eux toute espérance aurait depuis longtemps disparu. Les OGM en général et les PGM en particulier peuvent s’avérer des technologies d’avenir qu’il ne faudrait pas gâcher par une trop grande précipitation. Une première question se pose : Pourquoi faut-il recourir à loi pour utiliser les PGM ? Cette loi qu’elle soit d’essence française ou européenne, se place-t-elle dans le cadre du code de l’environnement ou (et) du code de la santé publique ? Le but de cette loi est-elle de supprimer ce que la nature donne gratuitement à tous pour le transformer en source de profit pour une toute petite minorité ? Sans compter l’effet pervers qu’une loi peut entraîner comme celle encadrant l’utilisation des produits pesticides.

Elle se traduit par l’impossibilité d’utiliser des produits non dangereux (souvenons nous du purin d’ortie) en contradiction avec certaines directives européennes qui demandent de changer les produits dangereux par d’autres moins ou pas dangereux pour préserver la santé des travailleurs (code du travail volet hygiène et sécurité). L’exemple de VNF Nord est emblématique : pour préserver la santé de ses agents et éviter de polluer inutilement les abords et l’eau des canaux, le service a été décidé d’utiliser des méthodes alternatives, pour ne plus utiliser de pesticides « classiques », un produit à base d’acides organiques d’origine naturelle a été choisi. Très bien et très vite informé, le service dit « de protection des végétaux » a diligenté une inspection pour interdire ce produit arguant de sa non inscription sur les listes de produits autorisés (ce produit est pourtant homologué en Belgique et au Canada).

Pour bien comprendre la suite de notre intervention, il nous faut préciser : Comment fonctionnent la science et les technologies. Il faut distinguer la technique dont le but est de produire des objets et des outils utilisables, de la science dont le but est de produire un savoir intellectuel et spéculatif qui s’oppose à la magie, le charlatanisme, l’obscurantisme. Les historiens s’accordent à placer au début de 17ème siècle la « coupure galiléenne » qui peut être considérée comme la naissance de la science « moderne ». La science consiste à comprendre que certains faits sont liés et de proposer une explication, une théorie dont le but est d’augmenter la connaissance. La science, compréhension de la nature, de la vie, est amorale Par exemple le fonctionnement du noyau atomique, la relation E=mc2, sont des faits naturels et ceux qui les ont compris n'ont faits que comprendre la nature, ils n'ont pas choisi ce qu'ils ont trouvé et n'ont donc pas à être jugés. La technique d’une certaine façon n’a pas d’origine. Elle est consubstantielle à l’humanité et peut-être même d’ailleurs antérieure.

Les australopithèques, il y a 3 millions d’années, pratiquaient déjà des gestes proprement techniques. La technique est depuis toujours un bien de l’humanité: les outils, les armes, les grandes constructions des civilisations anciennes ont été la conséquences d’améliorations lentes faites par essais successifs mais sans qu’on trouve de traces d’une démarche de recherche de lois générales liant ces connaissances ; le savoir est simplement transmis du maître à l’élève. Ce savoir même s’il n’a permis que des évolutions lentes n’est pas sans résultats. Mais la technologie, liée à l'homme, pose un problème de morale, d'éthique car il y a un choix fait par l'homme dans l'utilisation de ces technologies.

Avec les PGM on est revenu en arrière : une technologie sans les connaissances suffisantes qui permettent de savoir si elle peut ou non présenter des dangers à court, moyen ou long terme. Il devrait être évident que ce sont aux promoteurs de cette technologie que revient la charge de la preuve. Quels sont les arguments des pro-PGM C’est une technique qui n’est pas différente de la sélection naturelle, le paradigme de l’équivalence en substance, pur mensonge de Monsanto qui, en 1992, a subjugué Bush père et imposé à la FDA cette réglementation maintenant reprise par tous sans la moindre vérification.

Les études qui servent à justifier et promouvoir les PGM reposent sur des études incomplètes, falsifiées, ne respectant pas les protocoles expérimentaux reconnus par tous. Au fondement de leur action il y a la répétition de l’équation agriculture moderne =PGM , tous veulent une agriculture efficace et tous se plient aux exigences fixées par eux. Nous avons participé à différentes rencontres avec des chercheurs notamment au collège de France et à l’ENS Ulm. Voici quelques faits scientifiques que nous avons recueilli Professeur Prochiantz, généticien, professeur au collège de France : « la possibilité de fabriquer des organismes nouveaux a été émise par Claude Bernard avant que Darwin ne présente sa théorie… rien ne prouve que les techniques OGM correspondent aux mécanismes de l’évolution », c'est-à-dire aux mécanismes de la sélection naturelle.

Y a-t-il dans la nature un exemple de croisement naturel (autre que la symbiose) entre une bactérie et une plante pour renforcer les défenses de la plante ? Ce type de construction est purement technologique, ce n’est pas condamnable en soi, l’Homme peut essayer de faire ce que les mécanismes de la vie n’ont pas prévu mais avec la conscience du risque de mettre le doigt dans une mécanique irréversible.

Professeur Daniel Thomas, génie cellulaire : « au début de mes travaux de recherche, les connaissances sur le fonctionnement des cellules étaient telles que si quelqu’un avait présenté une théorie sur le rétro virus il n’aurait pas été écouté » : non seulement les connaissances évoluent très vite mais on est très loin d’avoir une connaissance suffisante dans les mécanismes de la vie pour se lancer dans de telle réalisations en milieu ouvert, il est aujourd’hui admis que l’ADN ne dirige pas tous les mécanismes de la vie. La technologie PGM est sans danger Peut-être? Si il n’y avait aucun problème lié à une utilisation actuelle des PGM, quelles certitudes a-t-on pour le futur ?

Que dit le Professeur Roland ROSSET, président de la Commission du génie génétique (Extrait du procès-verbal de la séance du 16 novembre 2004) Présidence de M. François GUILLAUME, Vice-président. « Si je prends l'exemple d'un maïs Bt ou d'un maïs résistant aux herbicides, il faut s'interroger sur sa toxicité et, ensuite, sur ses effets à long terme. Ce sont eux qui sont importants car les effets immédiats et à moyen terme sont bien analysés. Les Américains en consomment depuis sept ou huit ans et nous n'avons rien noté jusqu'à présent.

Mais vous savez très bien que les effets de certains médicaments ne se sont révélés que sur la génération suivante et sur ces effets-là, il faut bien reconnaître que nous sommes sans information. Actuellement, on nourrit des animaux de toutes tailles pendant de longues périodes avec ces OGM pour observer d'éventuels effets adverses qui influeraient sur la croissance, la fertilité, ou des aspects de ce type. Mais il est vrai que la panoplie d'essais est assez réduite, puisqu'on est obligé d'attendre. »

Du temps, du temps voilà ce qu’il faut Les OGM sont le seul moyen de résoudre le problème de la faim. Tous les spécialistes dont la FAO disent que si des dizaines de millions d’Hommes ne peuvent plus se nourrir, il ne s’agit pas d’un problème de production, mais d’un problème de répartition : si on reconnaît enfin que les agro carburants sont, dans leur forme actuelle, une erreur tragique, si on met en question nos habitudes de consommation en particulier en matière de viande, et si on change certaines règles de soutien de nos agricultures le problème sera réglé. Qui a intérêt à spéculer sur une aggravation du problème ?

Qui cherche à organiser sciemment la pénurie pour maximaliser les profits, pour imposer encore plus de domination ? Les fabricants de PGM prétendent lutter pour une meilleure agriculture, mais ne font que poursuivre leur propre intérêt. Si on a la curiosité de relire les conclusions du Club de Rome et du rapport Meadows on trouvera des prévisions qui datent de près de 40 ans bien étayées prévoyant la crise actuelle qui ne devrait donc pas être une surprise. Tous les scénarii de ce rapport prévoient que la croissance quantitative dans un monde fini conduira à la catastrophe, que seuls une limitation de consommation des ressources et une diminution drastique de la pollution permettront une continuation des chances de vie de notre espèce, à condition de commencer à réagir dès 1975 !!

Qu’avons-nous fait ? Les scénarii de la catastrophe commencent tous par une brusque crise liée à une diminution soudaine des possibilités alimentaires, cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Les nouvelles technologies n’y changeront rien, au mieux elles retarderont la crise, au pire elles l’accentueront. Les opposants sont contre le progrès. De quel progrès s’agit-il ? Celui qui est susceptible d’améliorer la condition de la vie humaine, d’en diminuer les difficultés, d’en adoucir la misère et les souffrances selon le vœu « Des Lumières ». Celui qui donne de nouveaux moyens pour faire souffrir, tuer, anéantir par l’accumulation d’effrayants moyens de destruction immédiate ou à long terme, qui renforce la main mise de monopoles de plus en plus puissants comme tant de philosophes et chercheurs du XX ème siècle l’ont dénoncé ?

Ce progrès est une régression peut-être sans retour. Que nous ont amené 60 ans de progrès : l’eau et l’air pollués, une diminution de la quantité et de la qualité des terres cultivables, la biodiversité menacée, des problèmes de santé, le redoutable problème des bouleversements climatiques… Faut-il continuer dans cette voie ? Nous ne sommes pas aveugles au progrès mais contre le progrès aveugle. Les opposants mettent en danger la recherche française. Qui fait le plus de mal à la recherche française : ceux qui veulent en faire une recherche fondamentale du développement de la connaissance utilisable au bien être de l’humanité ou ceux qui veulent une recherche uniquement liée à une production immédiate.

Tous les problèmes récents : l’amiante, la vache folle, les pesticides…n’ont-ils pas affaibli auprès des jeunes un intérêt pour la science ? Nous avons aussi rencontré Pierre Joliot, membre de l’institut, ancien Président du Comité d’éthique pour les sciences du CNRS, il s’intéresse aux cellules souches, autre technologie d’avenir, selon lui, à condition que cette technique, qui peut soigner mais aussi donner lieu à des débordements (modification du corps ou du cerveau), ne soit pas associée au profit.

Il est pour la recherche OGM en milieu fermé et pense qu’il sera possible de trouver des applications en culture. Au cours de la discussion il a fait remarquer que aujourd’hui Pasteur irait en prison : pour nous Pasteur a agit dans l’urgence, la nécessité, certes il a pris un risque lors de la première vaccination humaine contre la rage, mais le patient était condamné. Il a réussi, il aurait pu échouer et perdre sa crédibilité, mais en tout état de cause il n’a pris le risque que sur une personne sans risque de déclencher une épidémie. Dans le cas des PGM il n’y a ni urgence, ni nécessité. En conclusion, l’avenir de notre espèce n’est ni de droite ni de gauche et ne doit pas se résumer à des affrontements stériles.

Il faut prendre le temps de la discussion approfondie sans exclusive ou ostracisme qui est l’arme de ceux qui ne sont pas surs de leurs arguments, laisser le temps à la société de trouver la voie de la sagesse. Profitons de la future présidence française à la tête de l’Europe pour étendre cette discussion, les problèmes ne resteront pas bloqués aux frontières. Si à différentes époques des élus auraient pu prendre les sages décisions, il n’est pas encore trop tard pour bien faire. Pas plus que la condamnation de Galilée n’a empêchée la terre de tourner autour du soleil, l’emprisonnement des faucheurs ne rendra les PGM moins problématiques.

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