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Fédération des Landes du Parti Radical de Gauche

"Comment mesurer le progrès économique et social ?"

19 Septembre 2009 , Rédigé par PRG Landes


   
En ce qui concerne les déterminants subjectifs, toutes les enquêtes réalisées auprès des chômeurs, dans tous les pays du monde, ont montré que le coût du chômage était beaucoup plus élevé que la perte pécuniaire que subissaient les chômeurs. Le coût ressenti par les individus au chômage, leur perte d'identité, leur sentiment d'inutilité, la multiplication des maladies psychosomatiques et psychiques dans la population des chômeurs. Donc il apparaît évident que le chômage est au-delà du problème de la rémunération qu'aurait la personne si elle était employée, constitue une détérioration de la qualité de la vie considérable.

Rachid : L'indice de développement humain ne suffit-il pas à mesurer les progrès économiques et surtout sociaux ?

Jean-Paul Fitoussi : L'indice de développement humain, élaboré par Amartya Sen, est beaucoup mieux adapté à la situation des pays en développement. Le problème, c'est que cet indice est très fortement corrélé avec le PIB. Cette corrélation est normale, puisque le PIB est un déterminant essentiel de l'indicateur lui-même. Par ailleurs, cet indicateur n'est pas du tout adapté aux pays industrialisés, où les niveaux d'éducation et de santé sont relativement homogènes. Il faut aller au-delà.

Eric V
: Comment intégrez-vous les préocuppations liées au développement durable dans vos recommandations ?

Jean-Paul Fitoussi
: C'est la troisième direction du rapport : la mesure de la soutenabilité, ce que nous léguons aux générations futures. C'est un problème essentiel aujourd'hui, puisqu'il englobe à la fois le capital physique, le capital humain, mais surtout l'environnement et le capital naturel. Et si nous n'avons pas d'indicateur de soutenabilité, nous pouvons être exposés à des catastrophes que nous ne voyons pas venir. La crise aujourd'hui est la conséquence de l'insoutenabilité de la croissance qui l'avait précédée. On ne l'a pas vue venir parce qu'on n'avait pas d'indicateur, ou plutôt parce que les indicateurs dont on disposait étaient défaillants, puisqu'on avait confié aux marchés financiers le soin de mesurer notre richesse. On sait ce qu'il en est advenu.

Loulou_le_Loup
: Quelles chances ont les préconisations du rapport d'être véritablement mises en œuvre? Ne faudra-t-il pas un consensus au G20? Faudra-t-il que le FMI, l'OMC, la Banque des règlement internationaux et les banques centrales s'emparent de la question ?

Je dois dire que les résultats de ce rapport ont dépassé mes espérances. Le président Sarkozy a simplement demandé à l'Insee de l'appliquer.
Tous les membres de la commission en ont été abasourdis, dans la mesure où le risque politique de publier de façon régulière et systématique les indicateurs d'inégalités est très grand. Autre événement extraordinaire : le secrétaire général de l'OCDE a abondé dans le sens de la France. Quand on sait le rôle majeur que l'organisation joue en matière de production statistique et d'harmonisation des systèmes de comptabilité nationale, on ne peut qu'en être profondément réjoui. Le président de la République a dit qu'il porterait le dossier au G20, qu'il le défendrait, et le secrétaire général de l'OCDE a dit qu'il se porterait candidat devant le G20 pour l'appliquer. Mais évidemment, il ne faut pas rêver, cela prendra du temps. Cela coûte cher de produire de bonnes statistiques.

oursbrun
: Justement, cela ne risque-t-il pas de coûter très cher aux citoyens ?

La question philosophique que tout cela pose est de savoir si un tel investissement est rentable socialement. Ma réponse est qu'à l'évidence, oui, car les désordres créés par une société qui ne se reconnaît pas dans l'image que les statistiques lui renvoient sont beaucoup plus périlleux. Ils peuvent générer une défiance envers la démocratie, une césure entre la population et ses élites, l'impression d'être manipulé. Et c'est un résultat d'enquête stupéfiant celui qui dit que seuls 30 % des Français, et 30 % des Anglais, croient dans les statistiques officielles. L'enjeu est donc énorme.

Source: journal Le monde

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