A peine la réforme des 35 heures digérée, les DRH affrontent le casse-tête des heures sup.

«Travailler plus pour gagner plus : le slogan est très bon, sa mise en œuvre beaucoup moins évidente.» Pierre-Yves Poulain, délégué général de l’ANDRH (l’Association nationale des directeurs des ressources humaines, qui regroupe 4 500 responsables), résume l’état d’esprit de ses adhérents. Alors que doit être adopté aujourd’hui à l’Assemblée nationale le second texte sur le pouvoir d’achat, incluant le paiement de dix jours de RTT, le déblocage de la participation et le versement d’une prime exonérée de cotisations sociales, le scepticisme gagne de nombreux DRH. Au-delà de la complexité de certaines mesures, c’est l’instabilité juridique qui inquiète.
«Les entreprises ont mis du temps pour se caler sur un système. Si tous les deux ou trois ans, il faut changer notre fusil d’épaule, cela devient très compliqué», poursuit Pierre-Yves Poulain, en référence à l’encre à peine sèche des accords 35 heures du début des années 2000. Une enquête réalisée en octobre auprès de 400 membres de l’ANDRH illustre l’état d’esprit du patronat vis-à-vis de la nouvelle loi d’exonération de charges sociales pour les heures supplémentaires. A la question «la loi sur les heures supplémentaires vous paraît-elle claire et facile à mettre en place ?», plus de 70 % des sondés ont répondu non. Avec, en tête des soucis, celui des formalités déclaratives nécessaires pour bénéficier des exonérations de charges. Du coup, les trois quarts d’entre eux (76 %) n’envisagent pas de faire exécuter des heures supplémentaires à leurs salariés. Et 56 % estiment d’ailleurs qu’ils n’auront pas «à faire face à une forte demande de la part des non-cadres» (77 % concernant les cadres). La même méfiance ou prudence s’exprime quand on évoque le nouveau dossier du rachat des RTT. Petite revue de détail.
une charge de travail variable dans le btp
le dimanche travaillé chez Conforama
Le rachat de rtt dans une pme de consulting
Les secteurs qui, au final, devraient être les plus intéressés par les nouvelles mesures sont ceux qui connaissent des difficultés de recrutement. Beex, société de conseil en organisation d’entreprises, compte une vingtaine de salariés, tous cadres, calés sur un forfait de 218 jours annuels. La société ne manque pas de commandes, mais peine à embaucher. Résultat : son PDG, Mathieu Cortadellas, souhaite racheter plusieurs jours de RTT à ses employés. «On vend des prestations facturées à la journée. En rachetant dix jours de RTT, on peut augmenter notre marge de 2 000 euros sur chaque salarié.» Les principaux intéressés ne sont pas contre, assure ce jeune dirigeant, qui évalue à 75 % la part de consultants prêts à vendre leurs congés. «Je n’impose rien à personne», promet Mathieu Cortadellas, qui assure même que «2 ou 3 cadres ont refusé pour cause de stress à évacuer». L’exonération de cotisations sociales, à l’inverse, n’a pas pesé dans sa décision. «Dans notre modèle économique, ce ne sont pas les charges, ni la majoration de 10 % qui changent la donne, mais seulement le marché.» Gain estimé pour le salarié : 1 500 euros brut pour dix jours cédés.
(1) Un amendement prévoit d’élargir la période de rachat de RTT jusqu’au 1er juillet 2008.
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