Mauvaise humeur nationale et élections locales.

Il n'empêche que le vote reste un geste politique, et que, dans le message médiatique qui nous est aujourd'hui donné, la sphère politique forme une surprenante nébuleuse où se mêlent des partis pris militants, mais aussi des « ressentis », des rancœurs, des emballements et des déceptions, - sans qu'on sache très bien quelle part l'emportera au final des considérations locales ou nationales, des programmes municipaux les mieux ficelés ou des agaceries de la politique franco-française. Et ce genre d'inconnue ouvre la porte à bien des surprises.
En tout cas, la baisse de popularité du chef de l'État est devenue inquiétante pour les candidats qui s'en réclament ou s'en réclamaient. Beaucoup, parmi eux, choisissent de cacher leur drapeau, à commencer entre autres par Alain Juppé, ancien patron de l'UMP, pour qui ces initiales paraissent désormais incongrues. Pas un seul candidat maire de droite n'envisage la « descente » d'un leader « parisien » trop voyant pour animer un meeting dans sa bonne ville. Local-local : c'est la devise.
Le Président lui-même - qui, voici un mois, affirmait que ces municipales étaient des élections éminemment politiques, et qu'elles serviraient de test grandeur nature pour juger de ses actions à la tête du pays - préfère maintenant en minimiser la portée et compte limiter son propre engagement au strict nécessaire. Et encore! À choisir, il laissera faire son Premier ministre qui, vu de province, parait, à tout prendre, plus... «classique».
Enfin, comme le redoutent les parlementaires UMP, les 316 mesures du fameux « rapport Attali » - qui, officiellement, ne sont que des propositions - viennent au plus mauvais moment attiser le mécontentement de ces nombreuses professions qui, dans leurs villes respectives, constituent de redoutables réseaux d'opinion. Ainsi, la grève des taxis a révélé hier l'étendue du dommage, et, par conséquent, la possible perspective du vote-sanction.
Cette crainte que des considérations nationales viennent polluer l'élection municipale n'est pas nouvelle bien sûr. Selon la position du candidat - maire sortant ou challenger, membre de la majorité présidentielle ou membre de l'opposition -, le dilemme a toujours été celui-là, il ne faut pas s'en étonner. S'il revient sur le tapis, c'est parce qu'une habitude récente nous a fait croire pendant quelques mois que la vie politique serait figée durant au moins un bon quinquennat. Rien de plus faux en démocratie.
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