"On a compris leur geste"...

Le 25 août 2003, Chantal Chanel, infirmière de nuit à l'hôpital local de Saint-Astier, en Dordogne, effectuait une injection létale de chlorure de potassium à Paulette Druais, une retraitée souffrant d'un cancer du pancréas en phase terminale. L'infirmière avait suivi la prescription du docteur Laurence Tramois, médecin de garde, très proche de la patiente qui avait demandé à plusieurs reprises d'en finir. A l'automne, une information judiciaire était ouverte à Périgueux, suite à une dénonciation. L'infirmière et le médecin ont été mis en examen pour empoisonnement et renvoyés devant les assises par le parquet de Périgueux. Elles ont fait appel de la décision. Les magistrats bordelais de la chambre de l'instruction devaient examiner l'affaire hier ; plus de 200 professionnels de la santé étaient présent au tribunal pour soutenir le médecin et l'infirmière de Saint Astier.
Mais ce n’est pas la première fois que le débat sur l’euthanasie est lancé ; rappelons Le terme même « euthanasie », étymologiquement « la bonne mort », est volontairement remplacé par la Cour par l’expression « suicide assisté ». Cet acte est difficile à légiférer car les valeurs culturelles qu’il met en cause sont assez contradictoires. D’un côté, la théologie chrétienne est très sévère avec le suicide et de l' autre, l’éthique philosophique prône la mort volontaire comme l’ultime liberté d’un individu.
D’ailleurs, les pays européens et les Etats-Unis ont à ce sujet des législations différentes. Tout d’abord, l’euthanasie active (le fait de provoquer directement la mort) est différenciée de l’euthanasie passive (l’abstention thérapeutique). Le Danemark, l’état d’Oregon (Etats Unis), l’Allemagne et la Suisse tolèrent l’aide au suicide sur avis médical si le malade est mentalement compétent pour décider de mettre un terme à son existence. En Norvège, en Grèce, en Turquie et même en Italie, les deux formes d’euthanasie sont rigoureusement interdites par la loi. Seuls les Pays-Bas et la Belgique ont dépénalisé l’euthanasie il y a trois ans.
En France, toute forme d’euthanasie est interdite par le Code de déontologie médicale. Mais en mars 2000, l’avis du Comité national d’éthique a marqué un tournant en admettant la possibilité de cette pratique dans des cas exceptionnels. Soulager la douleur ne suffit pas. Les tabous concernant la mort commencent à régresser au profit d’un discours plus rationnel mais la loi ne suit toujours pas. Alors, les actes de limitations de soins se déroulent dans la discrétion ou le non-dit. Parfois même, on a recours au suicide assisté, comme le racontent les témoignages des responsables de l’association Mourir dans la dignité.
Bernard Kouchner lui-même a déclaré à plusieurs reprises qu’il avait du aider plusieurs patients à mourir, lors de missions humanitaires. Cependant, il expliquait qu’il n’avait pas l’intention pour l’instant de présenter un projet de loi devant le Parlement français car le sujet était délicat. Selon lui, « les docteurs sont là pour protéger la vie et non pas pour y mettre fin. » Mais il n’est pas contre une modernisation du système de santé et propose d’ouvrir le débat. Sa dernière intervention parlait surtout des soins palliatifs et non d’euthanasie. « Il nous faudra, je le pense, un jour légiférer pour cette catégorie de patient pour leur permettre de bénéficier des soins et d’un accompagnement pendant toute la durée de leur vie ». D’après lui, 95 % des problèmes sont réglés par les traitements anti-douleurs.
Les 5 % restant ont recours à des solutions clandestines.