Allocution présidentielle : Le patron poursuit le cap
Il n’a pas fallu plus de dix minutes à Nicolas Sarkozy pour situer l’importance de son intervention télévisée retransmise hier sur TF1, France 2 et M6 : « La crise s’abat sur nous, c’est à moi de protéger les gens ». Le ton était donné, il n’a pas faibli durant les 90 minutes de l’émission en direct de l’Elysée. La crise en a été le thème majeur, l’emploi la question prioritaire, et le président s’est plus attaché à expliquer les options prises qu’à annoncer de nouvelles pistes. Options connues, choisir plutôt l’investissement pour la relance que la consommation : « les entreprises, parce que c’est l’emploi » a réaffirmé Nicolas Sarkozy en expliquant par des exemples volontairement lié au développement durable : « on construisait une ligne TGV par an », il y en aura quatre l’an prochain. De même pour le canal du nord : « Cinquante ans que la France n’a pas dépensé un centime » pour l’aménagement des canaux.
L’idée des contreparties demandées aux banques et aux industriels en échange de l’aide de l’Etat est également venue en leitmotiv en réponse aux manifestants du 29 janvier. L’argent « prêté » aux banques ne coûtent rien aux contribuables et rapportent même des intérêts. Le bâtiment ? Là encore le président a fait appel au développement durable « on va rénover tous les bâtiments publics pour qu’ils dépensent zéro énergie ». De même pour l’industrie automobile, qui devra s’engager à ce « qu’on arrête les délocalisations » dans la mesure où les constructeurs reçoivent des aides publiques et à investir dans les voitures propres. Enfin la mise en discussion européenne d’un taux de TVA réduit pour les automobiles propres et les bâtiments HQE.
Une usine de stockage CO2 à Grandange ?
Dernier point sur le développement durable : le CO2. L’usine lorraine de Grandange où le président avait promis, il y a un an de cela, qu’aucun emploi ne serait perdu, fait force d’exemple. Sans se départir de son assurance, Nicolas Sarkozy a expliqué que trois des quatre promesses de M. Mittal avaient été tenues, deux concernant l’apport de fonds
et une pour la construction d’un centre de formation, et que la quatrième concernait l’implantation, si les expertises concluaient à sa faisabilité, d’une usine de stockage de CO2 sur le site. L’expertise vient de conclure positivement a révélé le président, disant repartir à la bataille puisque deux sites sont en concurrence, Grandange et un en Allemagne. Mais cela ne remplacera pas les cinq cents emplois perdus avec la fermeture d’un haut fourneau.Enfin, toujours concernant le CO2, le président a évoqué la possibilité d’une taxe carbone remplaçant, au moins partiellement, la taxe professionnelle qu’il envisage de supprimer dès 2010. Cela bien sûr serait à débattre avec les élus locaux qui perçoivent cette taxe représentant huit milliards d’euros que le Medef n’a cessé de combattre depuis des années.
Le rendez-vous du 18 février
Nicolas Sarkozy a donné rendez-vous aux syndicats le 18 février, ce qui laisse le temps au mouvement social d’un peu s’essouffler et de ne pas conjuguer sa grogne avec celle des universités. Ordre du jour ouvert pour cette réunion, sur des bases précises qui ne sont pas tout à fait celles que souhaitaient voir aborder les syndicats. Ainsi, pas question de revenir sur la baisse de l’emploi public car « le poids des dépenses publiques est trop élevé », même s’il faut, avec la réforme de la formation des enseignants, envisager une augmentation des salaires à l’entrée dans la profession. Le thème principal, tout gaullien, est la participation, sur l’idée « personnelle », mais qui n’est pas une base de discussion que le bénéfice des entreprises devrait se répartir en moyenne sur trois tiers, l’un pour les salariés, l’autre pour les actionnaires et le troisième pour les investissements. Enfin des mesures sociales à choisir entre la suppression en 2009 du deuxième tiers prévisionnel pour la basse tranche d’imposition sur le revenu, ou la suppression complète de la tranche la plus basse (deux millions de personnes concernées) ou encore une augmentation des allocations familiales.
L’Europe et le G-20
Enfin le président a redit son ambition de « refonder le capitalisme, le moraliser » et l’obligation qu’il y avait pour l’Europe d’arriver unie à la réunion du G-20, le 2 avril à Londres, où seront débattues des suites du sommet de Washington. Le programme est net : contrôle de toutes les institutions financières et des agences de notation, des paradis fiscaux qui nous amèneraient à revoir nos relations avec Andorre et Monaco, du système de rémunération des traders et du rôle du FMI. Nicolas sarkozy n’a pas caché l’opportunité que représentait à cet égard l’élection de Barack Obama, tout en restant prudent sur les points concrets.
Abordant également la question de l’université et de l’innovation (voir notre article sur innovation le journal), le président a redit sa détermination à discuter des modalités des réformes, mais pas de leur fond. Et assurer qu’il était le patron comme d’ailleurs chacun de ses prédécesseurs qu’il a cité nommément.
source: jdd
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