Immigration...Préserver la dignité de l'homme

Alors que la droite a décidé de chasser sur les terres du FN en faisant, de nouveau, de l'immigration son cheval de bataille, voici qu'un nouveau texte législatif vient d'être présenté aux parlementaires. Le 6 juin dernier, Jean-Michel Baylet, est intervenu au Sénat pour combattre ce texte : "l'immigration que vous nous proposez accroît encore la précarité, la répression sert de boussole". Il a revendiqué une autre politique "qui permet de préserver la dignité de l'Homme". Retour sur les termes de ce débat.
L'immigration est un sujet particulièrement sensible. Comment les Radicaux l'abordent-ils ?
JM BAYLET : Il faut d'abord rappeler que "l'immigration zéro" est illusoire. Tout au long de son histoire, la population française s'est enrichie de nombreux apports extérieurs, rendant le concept de Français de souche complètement infondé et désuet. La France a toujours connu une pression migratoire. C'est donc tromper les Français que de leur faire croire à la perspective d'une diminution réelle de l'immigration.
La droite ne cesse de rendre l'immigré coupable du chômage et du "trou" de la sécu, que répondent les Radicaux ?
JM BAYLET : Toute augmentation de populations, qu'elle soit due ou non à l'immigration, agit mécaniquement sur l'offre et la demande. On peut d'ailleurs noter que, depuis l'arrêt en 1974, de l'immigration professionnelle, le taux de chômage a, hélas, été multiplié par quatre. Et les différents gouvernements qui se sont succédé sont concernés par ce constat. L'immigration ne doit pas être regardé comme un fardeau ou comme une menace pour la cohésion sociale, même s'il existe, c'est vrai, des problèmes dramatiques dans certains quartiers où réside une forte population immigrée.
C'est donc l'action du gouvernement actuel que vous jugez sévèrement ?
JM BAYLET : Oui, car ces difficultés sont avant tout le reflet de l'échec de la politique du gouvernement actuel. Le défaut d'intégration renvoie à une action publique inefficace dans les domaines du logement, de l'éducation, de la ville et de la jeunesse. La crise des banlieues de novemebre dernier est une illustration de ces échecs.
Le texte de N. Sarkozy n'arrange rien ?
JM BAYLET : Il aggrave même certaines situations. Il veut une immigration choisie. Cette logique s'oppose à la tradition d'hospitalité de la France que nous devons assumer. Cette option est d'autant plus malvenue que la population d'immigrés est stable depuis trente ans, à hauteur de 6% à 7% de la population totale.
Alors, pourquoi ce texte ?
JM BAYLET : La réorganisation des différents documents de séjour, rendue plus restricive d'une façon générale, consiste à privilégier une catégorie d'immigré. Sarkozy souhaite avant tout attirer les élites des pays en développement, ce qui est condamnable lorsqu'il s'agit, en contrepartie, de fermer la porte à tous les autres. Dans l'environnement international, il pratqiue le tri sélectif entre une immigration jetable et une immigration recyclable.
Les concéqueneces néfastes de ce texte sont lourdes pour les immigrés présents sur notre sol ?
JM BAYLET : Alors qu'il ne concerne chaque année que 25 000 personnes, le regroupement familial sera rendu plus difficile. Avant de pouvoir faire venir sa famillie, l'étranger devra attendre dix-huit mois, au lieu de douze et démontrer qu'il pourra la faire vivre sans recourir aux minima sociaux. Pourtant, le droit de mener une vie familiale normale a été constamment réaffirmée par les textes, et se trouve protégée par l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La précarité augmentera ?
JM BAYLET : La précarite est au coeur de la politique gouvernementales, la répression sert de boussole. Ces mesures ne feront que marginaliser les immigrés déjà installés, sans pour autant dissuader les plus déshérités de vouloir gagner des pays comme le nôtre, qui font tout de même toujours figure d'eldorado.
Quelles sont les priorités des Radicaux dans ce domaine ?
JM BAYLET : Dans un monde globalisé, la priorité, pour limiter l'immigration, est de mettre en oeuvre une politique ambitieuse de coopération, à l'échelon européen autant que possible. Il faut encourager véritablement le co-développement pour aider les pays pauvres à l'être moins, et les peuples opprimés à se libirer. Dans cette optique, il est nécessaire de préserver la dignité de l'homme au regard des mouvements migratoires.