Plus de 650 personnes, dont de nombreux sans-papiers, ont été délogées hier d'un ancien campus de Cachan. Raison officielle: les risques d'incendie.

Rumeurs. Hier matin, un dispositif policier impressionnant (huit compagnies de CRS, soit 640 hommes, 200 policiers de la Sécurité publique, des dizaines de véhicules, des autobus...) a été mobilisé par le préfet du Val-de-Marne, pour procéder à l'évacuation. Elle a débuté à 9 h 00 et «s'est achevée à 15 h 10», a précisé le préfet Bernard Tomasini, invoquant des risques d'incendie et la vétusté des locaux.
Des rumeurs d'une expulsion imminente circulaient depuis la veille. Ainsi, dès 5 h 30 du matin, un comité de soutien constitué de militants de RESF (Réseau éducation sans frontières), de la LDH (Ligue des droits de l'homme), de syndicats d'enseignants SUD, de représentants du DAL (Droit au logement), «s'était posté devant l'immeuble avec des habitants du squat. Au total, on était une soixantaine de personnes pour faire barrage de façon pacifique et témoigner en cas d'intervention policière, racontent Marc et Annie Bonnet, de RESF.
Il ne s'est rien passé pendant trois heures. Vers 8 h 30 on est partis confiants, en se disant que l'évacuation était annulée ou reporté comme les fois précédentes.»
Des alertes, des menaces d'expulsion, le squat de Cachan en a connu six ou sept depuis qu'il existe. A chaque fois le comité de soutien s'était rassemblé sur les lieux, et à chaque fois l'autorité préfectorale avait renoncé.
Mais, hier, la police a changé son mode opératoire. Pas d'intervention au petit matin comme de coutume dans les évacuations de squats. Tout a commencé relativement tard (à 9 heures), et, au lieu d'emprunter l'entrée principale, les véhicules de police ont investi les lieux en passant par l'arrière du campus, à l'insu de tous et en prenant soin de boucler le secteur alentour
Une fois le bâtiment F isolé, des policiers sont montés dans les étages. «Ils sont passés dans toutes les chambres avec un huissier qui a fait l'inventaire de nos affaires. Après, ils nous ont dit qu'il fallait descendre», témoignait un homme avant de monter dans un autobus conduisant les familles dans les hôtels réquisitionnés dans quatre départements franciliens (Val-de-Marne, Essonne, Seine-et-Marne, Val d'Oise).
A 12 h 20, l'autobus escorté par deux motards et une voiture de police quitte Cachan. Puis un autre à 13 h 10 a bord duquel monte Dyabi Bamba, sa femme et deux de ses quatre enfants. «Nos deux autres enfants sont au centre de loisirs et en colonie de vacances.» Ce Malien d'une quarantaine d'années affirme que lui et sa femme sont «en situation régulière en France»: «Nous avons nos papiers. Nos enfants sont nés ici. J'ai un travail. Je suis cuisinier. Mais nous n'avons pas de logement.» A l'intérieur deux bénévoles de la Croix-Rouge accompagnent les familles. Direction un hôtel Ibis à Orly.
Hier soir, le ministère de l'Intérieur indiquait que «367 adultes» et «141 enfants», avaient été «évacués» au terme de l'expulsion, soit au total 508 personnes. Moins que le nombre d'occupants réels du squat, des habitants se trouvant sur leur lieu de travail au moment de l'intervention policière et d'autres ayant probablement choisi de quitter les lieux pour éviter d'éventuelles interpellations. En effet, plus de la moitié des personnes vivant dans le squat étaient des sans-papiers, dont «49 ont d'ores et déjà été interpellées [et ont] vocation à être reconduites à la frontière», selon les services de Nicolas Sarkozy.
Au moment de l'évacuation, nombre de sans-papiers ont pu néanmoins quitter le squat sans être inquiétés. Beaucoup préférant refuser les hébergements proposés par la préfecture , par peur «de se faire avoir». Vers 20 heures, plus de 200 personnes adultes et enfants envisageaient d'organiser un campement près de leur ancien immeuble.
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