LOGEMENT. -- Le deuxième débat participatif, organisé avant-hier soir à Mont-de-Marsan, a été illustré par la situation dans les Landes

Pas de doute : le logement sera bien l'un des thèmes clefs de la campagne présidentielle. Et s'il n'y avait pas foule, avant-hier soir au château de Nahuques, à Mont-de-Marsan, pour le deuxième débat participatif du PS, c'est probablement moins en raison du thème abordé que des intempéries.
Premier constat : La crise du logement ne laisse personne indifférent. Essentiellement parce qu'elle renvoie à la question des salaires et du pouvoir d'achat. Dans les Landes comme ailleurs. « Un jeune couple, qui démarre dans la vie n'a pas les moyens d'accéder à la propriété »... « Les loyers sont trop chers par rapport à la moyenne des salaires »... « Depuis 2001, l'APL ne cesse de baisser »... « Il y a pénurie de logements sociaux ». Voici quelques-unes des phrases qui sont le plus souvent revenues dans le débat, jeudi soir.
L'état des lieux est implacable. Joël Goyheneix, le maire et conseiller général de Rion-des-Landes, par ailleurs président de l'office public départemental d'HLM, ne s'est pas privé d'enfoncer le clou avec quelques données locales suffisamment parlantes pour ne pas dissiper le malaise.
Pouvoir d'achat. Sur les revenus d'abord. Plus de 70 % des ménages landais peuvent prétendre à un logement HLM. Logement social ne rime donc pas forcément avec cas social. Et l'on comprend mieux pourquoi 5 000 demandes sont en attente dans les bureaux de l'office public départemental. « Le logement HLM était censé correspondre à une période transitoire. Ce n'est plus vrai aujourd'hui » constate Joël Goyheneix.
Le pouvoir d'achat ensuite. Plus d'un tiers du revenu des ménages sont consacrés au logement. Et il n'est pas rare que la barre des 50 % soit atteinte. Les propriétaires-bailleurs sont confrontés à une recrudescence des impayés. Les offices HLM n'échappent pas à la règle : 20 % en moyenne chaque mois dans les Landes. « Au risque de vous choquer, nous nous sommes même trouvés en situation de devoir expulser des Rmistes, témoigne le président de l'office public départemental. D'autant qu'après trois mois de loyers impayés, la CAF suspend les aides personnalisées au logement. Avec pour effet d'alourdir la dette, qui sera indirectement prise en charge par les autres locataires. »
Double crise. De l'autre côté de la barrière, il y a les propriétaires. Dans les Landes, ce sont très majoritairement de petits épargnants, qui ne possèdent qu'un seul logement. Croyant profiter des avantages de la loi de Robien, beaucoup se sont lancés dans l'achat de produits défiscalisés avec au bout du compte une énorme déception : celle de ne pas trouver d'occupants en raison de loyers prohibitifs. « Crise de l'offre, crise de la demande : on se rend bien compte que la loi du marché a des effets dévastateurs en matière de logement, constate un militant. Il faut revenir à une régulation par l'Etat. ».
Dans cette optique, Renaud Lagrave, le premier secrétaire du PS landais, a tenté de convaincre la salle que le Parti socialiste et Ségolène Royal avançaient des propositions de nature à juguler la crise : mise en place d'un bouclier pour que le logement ne représente pas plus de 25 % du budget des ménages, objectif de construction de 120 000 logements sociaux par an, revalorisation de l'APL, construction de nouvelles résidences étudiantes, mise en place d'une garantie mutualisée du risque pour les propriétaires-bailleurs. Des réponses et une question ouvertes : celle du droit opposable au logement, qui manifestement fait débat, en particulier chez les élus locaux (lire par ailleurs).
Les débats participatifs du PS se poursuivent à Capbreton, le vendredi 2 février, sur le thème de l'environnement et du développement.
Le service de Chirac.
La question du droit opposable, posée par Jacques Chirac, a plané sur le débat du PS, jeudi soir. Sans que vraiment les participants ne puissent mesurer la pertinence de la proposition. Chargé de la synthèse de la soirée, le député Alain Vidalies a néanmoins expliqué que le détenteur d'un droit opposable pouvait demander des dommages et intérêt si le droit en question n'était pas pris en compte. Mais pris en compte par qui ? C'est là toute la question, celle qui effraie le plus les élus locaux.
« A l'évidence, ni les privés, ni les collectivités ne sont en mesure de satisfaire pleinement le droit au logement, a plaidé Alain Vidalies. Reste l'Etat. Jacques Chirac apporte la démonstration que la question du logement ne peut se régler par la seule loi du marché. Il nous rend un fier service, à nous les socialistes, qui avançons cette idée depuis longtemps »