
Quand on fait de la politique, il faut avoir des nerfs. Les nôtres sont soumis à rude épreuve. Après une période d’euphorie, après la période des primaires et la désignation de Ségolène Royal, maintenant tout paraît aller mal.
Ceux qui louaient la nouveauté de sa démarche participative et le nouvel éclairage qu’elle apportait sur de nombreux aspects idéologiques de la pensée de gauche n’ont pas de critiques assez dures et de sarcasmes assez affûtés pour relever le moindre faux-pas médiatique ou la moindre atteinte à l’idéologie socialiste. Ainsi chacun de s’esclaffer de la voir vêtue de blanc (couleur du deuil en Chine) sur la Grande Muraille, comme si les images télévisées étaient destinées à l’électorat local. Ainsi, les bons esprits, prêts à se faire tuer un verre à la main dans les salons parisiens pour l’indépendance de quelque micro-Etat, trouvent que la souveraineté du Québec n’est pas très diplomatique.
Après l’avoir adulée, ils n’ont pas de mots assez acérés pour la condamner et prédire la défaite avant d’avoir livré la bataille. Quelle explication apporter à un tel phénomène au-delà du sempiternel caractère cyclique d’une campagne présidentielle ?
Il y a bien sûr la théorie du complot médiatique et politique qui permet de s’exonérer de sa propre responsabilité. La droite n’a jamais été avare de coups bas comme l’a prouvé l’utilisation de tous les rouages de l’Etat au service du candidat-ministre ou du ministre – candidat. Même si ce comportement est contraire aux principes républicains, ce n’était que trop prévisible. L’extrême gauche qui préfère la droite au pouvoir plutôt que la gauche de gouvernement ne peut qu’y trouver de nouveaux arguments pour le vote révolutionnaire.
Mais pour ce qui nous concerne, tout d’abord les primaires obligent les candidats à une campagne longue. Ségolène Royal tient le devant de la scène politique depuis près de neuf mois ; c’est médiatiquement et politiquement difficile. Réservées au seul Parti Socialiste, les primaires obligent aussi les candidats à une stricte orthodoxie vis-à-vis du Programme Socialiste. Les perdants (40% du PS) deviennent ainsi les gardiens sourcilleux d’une rigueur doctrinale qui leur permet de dénoncer tout manquement au dogme et de justifier leur passivité militante. Quand ce ne sont pas quelques hiérarques qui pensent que cinq ans de plus de la droite pourraient ranimer leurs improbables destins présidentiels. Rappelons ici pour mémoire quel intérêt politique il y aurait eu à des primaires ouvertes au-delà du PS.
Ségolène Royal a choisi les débats participatifs, elle a, la première, concrètement apporté une réponse nouvelle aux bouleversements qu’apportent les NTIC aux rapports entre les citoyens et entre les partis politiques et les citoyens. Elle a osé aborder différemment une partie du référentiel idéologique de la gauche. Elle a ainsi gagné les primaires. Il lui faut maintenant (re)concilier cette nouvelle culture politique et celle plus traditionnelle des partis de la gauche.
Tous les Français ne surfent pas sur le Net à longueur de journée, certains ont besoin des tracts et des affiches, des réunions publiques, des certitudes programmatiques, de la chaleur, de la solidarité militante où l’on « communie » dans la perspective de la victoire. Pour gagner la présidentielle, il faut une candidate, nous l’avons, un programme, nous y contribuons, et des partis actifs, hâtons leur mobilisation. Les Radicaux de gauche seraient-ils à ce point contaminés par la morosité et l’aigreur de certains socialistes, qu’ils hurleraient avec les loups ?
Le PRG peut enrichir cette campagne en apportant ses spécificités en matière de fiscalité, d’engagement européen, de rapports nouveaux dans l’entreprise, de laïcité… et surtout en se mobilisant sur le terrain aux côtés de Ségolène Royal, des autres partis de gauche là où ils se mobilisent et à la place des autres là où ils restent inertes.
Car les conditions politiques de la victoire sont toujours présentes. Le candidat de la droite, mélange de bonapartisme énervé et de libéralisme exacerbé, révèlera sa vraie nature et la réalité de son programme dès lors qu’on le poussera dans ses retranchements. Comme le scorpion, au milieu de la rivière il piquera la grenouille qui le transporte car c’est sa nature. S’il n’est que candidat, ce sera sa défaite et celle de la droite. S’il est élu, ce sera la défaite pour tous les Français. Pendant cinq ans, la droite a exercé le pouvoir sans partage. En quelques semaines, avons-nous oublié le CPE, la politique fiscale injuste, la dégradation des services publics, la situation financière difficile de la France, les atteintes répétées à la laïcité ?
La bataille présidentielle est rude, elle conditionne celle des législatives. Elles conditionnent l’avenir de la France et de l’Europe pour cinq ans, voire dix ans. Au moment où la pensée radicale est en phase avec les attentes et les comportements de nos concitoyens, soyons les meilleurs militants de ce combat que nous avons choisi de livrer.