Indispensables Radicaux

La tournure inattendue d’une campagne présidentielle opposant, selon les sondages, trois « grands » candidats, plus l’habituel trouble-fête de l’extrême droite, ne tourne pas pour autant la tête des radicaux de gauche. Tous sont loyalement et fortement mobilisés autour de la candidate que le PRG a fait sienne, et qui doit, avec eux, représenter la gauche au second tour, pour faire gagner la France.
On perçoit pourtant, chez quelques uns, quelque chose qui ressemble à de l’étonnement, on en discerne d’autres confrontés à quelque chose qui les déconcerte.
Les radicaux, d’abord, certains du moins, semblent surpris de leur propre unité. L’opposition, il est vrai, fut rude, parfois trop, entre ceux qui entendaient affirmer l’identité radicale dans la campagne, et ceux qui voulaient éviter à la gauche la mésaventure de 2002. Mais le parti a choisi, et c’est pour lui une démonstration de force prometteuse que d’établir, davantage que dans d’autres circonstances passées, son aptitude au respect d’une vraie discipline républicaine. Pourquoi voudrait-on, d’ailleurs, que celles et ceux qui tenaient à faire entendre dans le grand débat national une voix radicale qui soulignerait à la France l’urgence à renouer un lien social dangereusement défait, ne reconnaissent pas que ce discours là, au coeur de la campagne radicale de 2002, est aujourd’hui l’un des thèmes majeurs du Pacte présidentiel proposé par Ségolène Royal ? Et qu’il peut, avec le concours et le talent des radicaux, trouver plus large place encore dans la confrontation des idées et des projets ?
Mais on touche là à la principale source de nos interrogations. Les radicaux sont en effet conduits à constater cet étonnant paradoxe qu’au moment même où, pour assurer le succès de la gauche, ils ont renoncé à ajouter une candidature à d’autres candidatures, ce sont bien leurs idées et leurs propositions qui s’imposent dans la campagne de la gauche, quand ce n’est pas au-delà. Ils sont certes accoutumés de longue date à ce que les idées républicaines et le principe de laïcité soient partagés par d’autres et s’en réjouissent, tout en restant vigilants au regard du possible dévoiement de valeurs plus souvent affirmées que fidèlement traduites. Mais en 2007, est tout de même singulièrement frappante la convergence des priorités de la gauche, on veut dire de la gauche responsable, autour de projets et de propositions que les radicaux portent depuis longtemps.
France plurielle, République fraternelle, bien sûr. C’était 2002. Mais « Chômage illégal des jeunes », cela ne vous rappelle rien ? La VI° République, qui la réclame depuis bien des années ? Réconcilier les Français avec l’entreprise, n’est-ce pas la constante exigence radicale d’une gauche moderne et réaliste ?
On pourrait multiplier les exemples qui démontrent que les radicaux avaient simplement un peu d’avance, dans leur analyse des mutations sociales, et un peu plus de pertinence, dans la définition de propositions que d’autres, plus tard, trouvent correspondre aux attentes et aux besoins de notre pays.
Faudrait-il pour autant que les radicaux, au vu, soyons immodestes, du triomphe de leurs idées politiques, estiment l’oeuvre accomplie, et le moment venu d’un repli sur ce qui ne serait plus qu’une belle histoire ?
A cela on pourrait objecter qu’un parti politique n’a pas nécessairement besoin d’une doctrine différente de celle des autres et d’un programme original pour tenir sa place dans la vie politique nationale. Qui pourrait d’ailleurs dire, de manière précise, quelle est aujourd’hui, exactement, la doctrine de l’UMP ? Libérale, ou étatiste ? Ou quelle est, au juste, la vision économique du parti socialiste, dont les courants sont au reflet de l’histoire d’une gauche française vraiment très plurielle ? Charitables, on ne détaillera pas le questionnement touchant à la doctrine de l’UDF…
Mais l’argument existentiel n’est pas, pour les radicaux, la plus forte des raisons qui exigent leur engagement résolu dans le débat public, et qui justifient, pour eux, de nouvelles et indispensables ambitions. A considérer de plus près, en effet, ces « idées radicales », reprises ici et là, dans les programmes et les propositions des uns et des autres, on voit bien qu’elles ont fini par s’imposer, mais que nulle part, elles ne forment vraiment, ou en tout cas de manière achevée, un ensemble cohérent, une architecture qui, reposant sur un socle suffisamment solide et ordonné de valeurs, se déploierait jusqu’à offrir aux citoyens un véritable projet de société, une vision mobilisatrice du monde de demain.
De bonnes propositions, certes, mais éparpillées à la manière des pièces d’un puzzle non totalement reconstitué.
Le devoir particulier des radicaux, mais aussi leur capacité singulière, sont précisément d’inventer ce projet cohérent pour demain, de donner à voir ce que pourrait être un monde futur dont on aurait envie, de lier entre eux projets et valeurs, pour qu’ils ne soient pas la rencontre incertaine des séquelles de doctrines dépassées et des recettes de la technocratie moderne.
Cela, seuls les radicaux peuvent le faire, car si les projets politiques d’aujourd’hui convergent, en tout cas pour certains, autour des principes républicains, seuls les radicaux en connaissent suffisamment l’histoire, le sens et le potentiel, pour les projeter dans l’avenir et en faire l’armature de nouveaux édifices pour la future société des hommes.
Poursuivre, après les Lumières, Schoelcher et Alain, le long combat pour l’émancipation des hommes vis-à-vis de tous les pouvoirs, réaliser partout, y compris dans les organisations collectives que sont les grandes entreprises, les principes de liberté et d’égalité, laisser s’épanouir les libertés locales et construire l’Europe de toutes les solidarités, imaginer la République à l’échelle du monde, voilà quelques menues tâches qui restent à accomplir par les radicaux.
Et quelques raisons de croire que la France a toujours besoin de l’imagination radicale.
Publicité
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article