Irak : quatre ans et après ?

Lundi 9 avril, quatre ans jour pour jour après que la statue de Saddam Hussein a été déboulonnée à Bagdad par une armée américaine qui pensait alors concrétiser sa victoire, des centaines de milliers de chiites se sont rassemblés dans la ville sainte de Nadjaf, pour réclamer le départ des troupes américaines. Un rassemblement sans précédent, répondant à l’appel de l’imam Moqtada Al-Sadr, qui n’a pas réapparu pour l’occasion : il se cache probablement en Iran, selon Washington.
Mais même sans la présence du leader shiite, cette démonstration de force du mouvement sadriste démontre que les shiites sont extrêmement résolus à bouter l’envahisseur américain hors d’Irak. Le porte-parole de l’armée américaine, le contre-amiral Mark Fox, ne s’est pas offusqué de ces démonstrations d’hostilité : « Les gens sont libres de manifester, tant qu’ils le font pacifiquement », a-t-il déclaré. « Cela fait partie d’une société libre et ouverte, donc ça ne nous ennuie pas nécessairement. » Un discours officiel qui s’inscrit dans le prolongement des propos tenus depuis quatre ans par George W. Bush, pour qui il était nécessaire d’envoyer, en février, des troupes supplémentaires : « Cette jeune démocratie plongerait dans le chaos en cas de retrait anticipé des États-Unis », déclarait le président américain la semaine dernière. « Partir avant de boucler l’affaire équivaudrait à une défaite, et les États-Unis se retrouveraient face au risque d’une nouvelle attaque. »
George W. Bush a beau brandir le sceptre d’un nouveau 11-Septembre, l’opposition américaine au maintien des troupes en Irak se manifeste de plus en plus ouvertement. Le Congrès démocrate, emmené par Nancy Pelosi, tente de lui imposer un retrait à l’horizon 2008, évoquant un scénario à la vietnamienne. Le peuple américain appelle également de ses vœux le retour de ses GI’s. Mais le président Bush reste campé sur ses positions, annonçant qu’il opposerait son veto à toute décision de retrait. La situation semble donc bloquée...
Depuis le début du conflit, plus de 60 000 civils irakiens sont morts, et près de 3 500 soldats de la coalition ont été tués. Un bilan qui ne cesse de s’alourdir, jour après jour, du côté des civils, victimes d’innombrables attentats. Quatre ans après le début d’une guerre qui devait être brève, le peuple Irakien est déchiré, les structures détruites ; les gens à Bagdad manquent d’eau, d’électricité, de soins...
Si personne aujourd’hui ne sait vraiment comment ni quand ce conflit pourra sortir de son enlisement, les observateurs s’accordent à admettre que le gouvernement irakien ne poura pas garantir, seul, la paix civile. La crainte de la contagion régionale entre les pays arabes sunnites et l’Iran chiite est largement évoquée. L’Onu est présentée comme la seule solution pour tenter de sauver la région du chaos.