Inné, acquis : Nicolas Sarkozy assailli de toutes parts

La polémique fait rage : Nicolas Sarkosy, en s’entretenant avec le philosophe Michel Onfray, a suivi son interlocuteur sur un chemin glissant. Et il a glissé. Ce dialogue, publié dans le numéro d’avril de la revue Philosophie magazine, fait l’objet de vives réactions depuis.
Parce que Nicolas Sarkozy a prononcé cette phrase reprise depuis dans tous les médias : « J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. » le candidat à la présidence de la République termine par un exemple : « Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense. »
Depuis la parution de ces propos, fin mars, les réactions ont fusé de toutes parts. François Bayrou a ouvert le feu, suivi par l’ensemble des autres partis politiques, sauf l’UMP. Jean-Marc Ayrault (PS) parle d'une « imprégnation idéologique digne de la scientologi e», alors que Laurent Fabius évoque une « position inspirée des conservateurs américains ». Pour Christine Taubira (PRG), « ces déclarations résument sa vision de la société [...] où tout est joué ». Les Verts « s'indignen t» alors que la candidate communiste Marie-George Buffet s'exclame : « Quelle monstruosité ! » Comme les catholiques, Philippe de Villiers (MPF) estime qu' « il y a quelque chose qui conduit tout droit à une société que je ne veux pas, celle de l'eugénism e».
Du côté des scientifiques, la parole est donnée aux généticiens, afin de faire la lumière sur l’influence, supposée ou constatée, de l’inné et de l’acquis sur le comportement des gens. Au premier rang des scientifiques qui ont réagi après la parution de l’article de Philosophie magazine, Axel Kahn, généticien et directeur de l’Institut Cochin : "Je ne connais personne qui ait jamais prétendu qu'on était pédophile de père en fils. Cela ne veut pas dire que la constitution et les gènes n'interviennent pas, peut-être, d'une manière que l'on ignore encore. Mais certainement pas sous la forme d'un déterminisme créant des familles de pédophiles." Pour ce qui est du suicide, les choses sont plus subtiles. Il y a, c'est vrai, des familles dans lesquelles on se suicide plus que dans d'autres. Certaines maladies, telle la psychose maniaco-dépressive, ont une base génétique incontestable, et les états dépressifs constituent des prédispositions au suicide.
Mais ce qui est reproché au candidat de l’UMP, c’est de s’être prononcé, dans un débat philosophique, sur des questions qui touchent à la science, mais aussi à la morale. Quelques mois à peine après avoir suggéré qu’il conviendrait de dépister, dès l’âge de trois ans, les enfants pour lesquels certains comportements auraient pu laisser supposer qu’ils seraient plus tard délinquants... Le fait que Nicolas Sarkozy, une nouvelle fois, affirme son penchant pour les thèses déterministes qui prévaut notamment aux États-Unis, n’en fait certes pas un eugéniste. Mais ses opposants ont beau jeu de luis reprocher son peu de foi en l’homme et en sa capacité à évoluer tout au long de sa vie. Lui qui pourtant s’est présenté devant les Français en affirmant : « J’ai changé ».