En résistance
En résistance
:Lionel Niedzwiecki de Sud Ouest 

Mercredi 16 mai 2007, Mont-de-Marsan. Loin du strass et des paillettes de Cannes, 1 500 militants socialistes sont attablés dans le hall de Nahuques. Renaud Lagrave, le premier secrétaire du PS landais, lance la campagne pour les législatives. Il égrène la liste des nominés pour la palme du 17 juin.
Dans la catégorie meilleur acteur, il cite Alain Vidalies, Jean-Pierre Dufau et Henri Emmanuelli, les trois députés sortants.
Pour la meilleure actrice, défilent les noms de Florence Delaunay, Elisabeth Bonjean et Monique Lubin, les trois suppléantes. Le titre du film est connu : « Ensemble à gauche pour les Landes ». Le scénario est encore incertain.
Tour à tour, les députés et leurs suppléantes montent à la tribune. Pour ces dames, l'exercice est périlleux. C'est une première, un lendemain de défaite de surcroît. Des trois, Elisabeth Bonjean est la plus à l'aise, la plus mordante aussi. Elle dénonce les « supercheries » de Sarkozy, égratigne le maire de Dax, « homme sectaire, homme de clivage, y compris dans son propre camp ».
Les ténors ne sont pas en reste. Jean-Pierre Dufau convoque « les Hussards noirs de la République », parle « d'éducation, encore d'éducation, toujours d'éducation ». Il s'adresse aux militants, « qui en ont gros sur le c?ur », leur dit que le PS a perdu une bataille, mais pas la guerre. « Ne soyez pas moroses, soyez roses » conclue-t-il à la volée.
Les ténors ne sont pas en reste. Jean-Pierre Dufau convoque « les Hussards noirs de la République », parle « d'éducation, encore d'éducation, toujours d'éducation ». Il s'adresse aux militants, « qui en ont gros sur le c?ur », leur dit que le PS a perdu une bataille, mais pas la guerre. « Ne soyez pas moroses, soyez roses » conclue-t-il à la volée.
Invincible espoir.Alain Vidalies entre en scène. Il stigmatise la « victoire de la division et non pas de l'union nationale ». Le député développe une analyse implacable sur la diminution des droits collectifs des salariés depuis cinq ans. « Oui, nous allons leur parler de leur bilan », prévient-il. Au passage, Alain Vidalies s'en prend à François Fillon. Il rapporte les propos du nouveau Premier ministre sur « la responsabilité du Front populaire dans l'effondrement de la nation » et en contrepoint cite « l'invincible espoir » cher à Jaurès.
Henri Emmanuelli est le dernier à parler. L'ancien ministre est amer. « En plus de la défaite, des règlements de comptes dans le parti, nous devons supporter une entreprise de débauchage savamment orchestrée. » Mais le président du Conseil général ne se résigne pas. « On veut éradiquer toute forme d'opposition dans ce pays. Et ça, il ne faut pas l'accepter. »
Alors, Henri Emmanuelli passe à l'offensive. Il avertit le nouveau gouvernement (« Vous avez lancé vos filets mais vous ne récupérerez pas les meilleurs poissons »), regonfle le moral des troupes (« Faites vivre le présent et l'avenir »), lance un défi à ses adversaires (« Aucun n'a le courage d'assumer les politiques de Raffarin et Villepin »).
Henri Emmanuelli veut en finir avec le « théâtre de la critique et de la caricature ». L'hégémonie du PS landais, le système Emmanuelli ne sont pour lui que des « phrases creuses, des anathèmes ». Il en appelle au débat de fond. Sur la redistribution, la justice sociale, la protection collective. La salle exulte. Un militant regrette : « Ah ! si l'on avait porté ces thèmes à la présidentielle ! »
LÉGISLATIVES. --Le Parti socialiste veut s'appuyer sur le score de Ségolène Royal dans les trois circonscriptions pour remobiliser les militants à partir du 16 mai
Le PS sous pression
Renaud Lagrave ne cache pas que la pilule est dure à avaler. La victoire, nette et sans bavure, de Nicolas Sarkozy a plombé le moral des troupes socialistes. Pourtant, le premier secrétaire de la fédération landaise ne veut pas céder au découragement. Il puise dans les résultats locaux la conviction que le troisième tour, celui des législatives, peut remettre du baume au c?ur du peuple de gauche. « Ségolène Royal arrive en tête dans les trois circonscriptions. Ce n'est pas un hasard. Nous avons mené une campagne à l'ancienne, au plus près du terrain, une campagne de propositions mais aussi d'opposition au bilan de la droite. Je crois sincèrement que beaucoup d'électeurs n'ont pas réalisé ce que proposait Nicolas Sarkozy. Que ce soit pour la sécurité sociale, le contrat de travail, la réforme fiscale ou les services publics, le réveil risque d'être douloureux. »
Le coup de massue digéré, Renaud Lagrave ne cache pas son impatience d'en découdre à nouveau. « Avec les législatives, nous allons entrer dans le vif du sujet. C'est-à-dire dans une campagne d'opposition intensive. C'est le programme du nouveau gouvernement et du président de la République, qui sera mis en avant. » Avec trois députés sortants, le PS landais veut évidemment repousser la vague bleue que les instituts de sondage annoncent au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy. « Les Landais savent qu'ici, nos trois députés ont défendu les intérêts des salariés. Que ce soit pour la défense du code du travail, la laïcité ou les services publics, ils ont fait entendre leurs voix. Nous allons expliquer aux électeurs qu'il faut continuer avec ces parlementaires à défendre les valeurs de solidarité mais aussi le développement du département. »
À l'ancienne. Sur la méthode, il ne faut pas s'attendre à de grands bouleversements. Un banquet républicain donnera le top départ dès le 16 mai à Mont-de-Marsan. Ensuite, Alain Vidalies, Jean-Pierre Dufau et Henri Emmanuelli arpenteront leurs terres électorales. « En plaçant en tête Ségolène Royal dans les trois circonscriptions, les électeurs landais ont compris qu'il y avait un problème avec la politique de Nicolas Sarkozy, poursuit Renaud Lagrave. Quand il n'y a pas de remplaçants dans les écoles, c'est bien parce que l'Éducation Nationale n'a pas les moyens nécessaires pour assurer sa mission. Avec un fonctionnaire sur deux non remplacés, ce sera encore pire » souligne-t-il.
Réponse. Reste que la mobilisation des militants socialistes dépend aussi des stratégies développées au plan national. Les petites phrases de Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius dès l'annonce des résultats dimanche soir, la perspective d'un bureau national et d'un Conseil national houleux pourraient annoncer une période d'instabilité sur fond de règlements de compte. « La seule réponse valable, c'est qu'il y a un premier secrétaire national et qu'il lui appartient de mener la bataille des législatives, assène Renaud Lagrave. En tout cas, moi, le reste ne m'intéresse pas. » Le premier secrétaire fédéral se retranche derrière « l'intérêt supérieur » des militants et des électeurs de gauche. « Franchement, ils ne comprendraient pas un manquement dans la période qui s'ouvre. On ne peut pas se plaindre du départ de Lionel Jospin en 2002 et tirer dans les coins. Les enjeux personnels doivent passer avant l'intérêt général, à commencer par celui de la démocratie. Car si en juin prochain, tous les pouvoirs sont concentrés dans un seul camp, au service d'une seule politique et d'un seul homme, ce sera d'abord et avant tout la défaite de la démocratie. » Un argument, qui paradoxalement pourrait être repris par les adversaires du PS aux législatives pour dénoncer la couleur monochrome du département des Landes !
POLITIQUE. --Pour un candidat socialiste à la présidentielle, l'emporter sur la ville n'a rien d'évident. Ségolène Royal, pourtant mal partie au 1er tour, y parvient
Royal comme Mitterrand
Dimanche soir. Le marasme et la déception dominent parmi les militants socialistes réunis boulevard d'Haussez au siège de la fédération. Tout est noir. Tout ? Non. Quelques motifs de réjouissance locaux et raisons d'espérer pour les législatives sont apparus. Ainsi les résultats sur Mont-de-Marsan. Ségolène Royal arrive en tête sur la ville préfecture. La candidate socialiste devance le nouveau président de la République de 238 voix (8 636 contre 8 398). Dans une ville qui penche plutôt à droite quand il s'agit d'élection présidentielle, c'est loin de couler de source. Et si on se souvient des résultats d'il y a deux semaines pour le premier tour, c'est quasi miraculeux. En additionnant au score de Nicolas Sarkozy (30,98 %), ceux de Philippe de Villiers (MPF), Jean-Marie Le Pen (FN) et François Bayrou (UDF), la projection pour le second tour donnait le candidat UMP à 61,53 % des suffrages. In fine, il n'en récolte que 49,30 %.
« 50,70 % pour le chef-lieu des Landes, c'est pas mal. Reste à travailler pour les législatives »
Darrieussecq avec Sarkozy. Pourtant, Geneviève Darrieussecq, la déléguée départementale de l'UDF et candidate aux législatives sur la première circonscription (en attendant de briguer la mairie de Mont-de-Marsan), avait fait savoir en fin de semaine dernière qu'elle s'apprêtait à voter Sarkozy. Du coup, Renaud Lagrave, premier fédéral socialiste, s'enthousiasme. « Royal qui arrive en tête sur Mont-de-Marsan ! Je suis plus que content de ce résultat parce que franchement le PS y est pour quelque chose. » Traduction : les militants ont mouillé leur chemise à coller, tracter, distribuer? En résumé, à tenter de convaincre les hésitants.
Pas depuis 1988. Historiquement, sans s'arrêter sur l'atypique deuxième tour de 2002, il est instructif de remonter jusqu'en 1995. Cette année-là, Chirac avait devancé Jospin de pas loin de six points (52,84 % contre 47,15 %). En fait, il faut remonter à quasiment 20 ans pour trouver trace d'un candidat de gauche à la présidentielle coiffant celui de droite. C'était en 1988 et François Mitterrand précédait Jacques Chirac de deux gros points (51,14 % contre 48,85 %). Philippe Labeyrie ne s'y trompe pas. Déçu par les résultats nationaux, il se réjouit en revanche du vote de ses administrés. « Je suis satisfait que la ville de Mont-de-Marsan tienne le choc. 50,70 % pour le chef-lieu des Landes, ce n'est quand même pas mal. Reste à travailler pour les législatives. » Partisan dès le départ de Ségolène Royal, le sénateur-maire PS de la ville, fait également ce constat trivial. « Il ne suffit pas d'être une femme pour être élue. » Geneviève Darrieussecq n'aura pas manqué de le noter. Ni non plus Guy Bertrand (CNI) et André-Marc Dubos (de Alternative citoyenne), actuels élus de l'opposition et annoncés partants pour les municipales de 2008. « Je ne suis pas inquiet », déclarait Philippe Labeyrie à l'issue du premier tour. Ça n'a évidemment pas changé depuis.
HENRI EMMANUELLI. --Le député des Landes juge « irresponsables » les critiques en interne et prend date pour l'après-législatives
« C'est le premier secrétaire qui doit mener la bataille »
Loin de l'agitation parisienne, Henri Emmanuelli a passé la journée d'hier à son domicile de Laurède, au coeur d'une Chalosse qui a voté à plus de 55 % pour Ségolène Royal. Le député socialiste a examiné les résultats à la loupe. Il dit prendre « le temps de la réflexion et de l'analyse » avant de se rendre à Paris, en fin de semaine, pour assister au conseil national du PS. « Je souhaite que samedi nous débattions librement mais de façon sereine, avec un seul objectif : réaliser le meilleur score possible aux législatives. » La sérénité n'est pourtant pas de mise à gauche, où déjà tensions et zizanie menacent. Les salves de Laurent Fabius et surtout de Dominique Strauss-Kahn, dès l'annonce des résultats dimanche soir, ont agacé le président du Conseil général des Landes. « Je trouve ça inconvenant. La candidate a fait tout ce qu'elle a pu. Donner le sentiment que l'on profite d'une défaite pour se pousser du col et faire passer son positionnement futur avant la bataille immédiate est non seulement regrettable, c'est tout simplement médiocre ! »
Survie démocratique. Comme il l'avait fait au moment de la campagne de désignation, le député landais en appelle à François Hollande. Il demande au numéro un du parti de reprendre le gouvernail et de le tenir fermement. « La candidate a bien sûr sa place dans le dispositif, mais c'est le premier secrétaire qui doit à présent mener la bataille. L'enjeu est de taille. Il s'agit de s'adresser à toutes celles et ceux qui refusent une concentration des pouvoirs dans ce pays. Nous sommes dans une perspective de rééquilibrage politique, condition essentielle de la vie et de la survie démocratique. » Henri Emmanuelli ne mettra pas sur le tapis, samedi, son grand parti progressiste. « Le processus devra s'enclencher rapidement, mais après les législatives. » Pour autant, il ne cédera rien sur l'orientation politique. « Nicolas Sarkozy a mené une campagne idéologique qui ne souffre d'aucune ambiguïté. Face à cette droite dure, la gauche ne doit pas être équivoque. Plus que jamais, après cette élection, je considère qu'il existe un camp progressiste et un autre conservateur. Et ce n'est pas une vision manichéenne de la politique. Après, je n'ai nulle envie de jouer les gardes-barrières. C'est à chacun de se reclasser. »
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